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Voici le récit du Zouave Léon Calvat présent à la Bataille de Crouy en septembre 1914. Ce texte a été rédigé par son fils, Victor Calvat, qui nous a autorisé à le publier. Publication N°2.

Introduction de Victor Calvat son fils :

« Vers 1967, j'ai conduit mon père aux environs de Crouy où il a été blessé le 23 septembre 1914 ». « Pour la première fois, il retrouvait le théâtre de son baptême du feu et ce curieux rocher, La Pierre Fite auquel il devait sa survie ». « Un homme âgé, qui cultivait son jardin près de là, nous rappela qu’étant enfant à l'époque, il avait vu les Zouaves monter à l'assaut de la colline à cet endroit précis. »

 

 

« De la classe 1909, j'ai fait mon Service Militaire comme 2 éme classe au 1 ER Régiment de Zouaves à BLIDA (ALGERIE) de 1910 à 1912. »

 

« Le 23 septembre 1914, nous avons eu notre baptême du feu. Nous devions déloger les Allemands qui tenaient la crête d'une colline aux environs de CROUY.

On nous avait dit que la vue des combattants d'Afrique faisait fuir nos ennemis. Avec nos chéchias et nos pantalons rouges, ils verraient vite à qui ils avaient affaire.

Cependant nous n'étions pas trop rassurés quand le Capitaine vint nous avertir que le combat serait dur, mais que la patrie comptait sur nous.

Il avait la gorge serrée comme un père qui envoie ses enfants au danger. Après le lever du jour, nous sommes partis du bas de la colline.

J'étais en première ligne juste derrière le jeune St Cyrien qui nous emmenait. C'était aussi son baptême du feu.

Pour la circonstance, il avait mis son plumet à casoar et ses gants blancs. Les Allemands nous ont laissé approcher.

Comme notre aspirant, sabre au clair nous criait « A l'Assaut », ils ont ouvert un feu nourri.

Devant moi, le jeune officier chamarré s'est écroulé foudroyé. Dans le même temps, je me suis plaqué au sol en basculant mon sac devant ma tête.

Des projectiles faisaient tinter la gamelle qui était accrochée devant. D'autres arrivaient en vrillant dans ma couverture roulée sans la traverser.

Une balle a ouvert mon talon droit qui dépassait de l'abri que me procurait mon barda.

Les Allemands s'en donnaient à cœur joie sans que nous puissions leur répondre, tous aplatis face contre terre.

 Des plaintes s'élevaient de partout: « Au secours, je suis touché » et des gémissements « Maman, Maman ».

J'ai fait le mort un long moment. En montant à l'assaut, j'avais remarqué un grand rocher qui maintenant était à plus de 20 mètres derrière moi.

Je me suis dit que si je pouvais y retourner, je serais sauvé. Je ne voulais pas montrer que j'étais encore vivant.

Alors, imperceptiblement, je me suis laissé glisser en arrière, centimètre par centimètre. J'avais peur, j'étais en nage, il y avait une tempête dans mon ventre.

Du sang coulait dans mon soulier. J'avais très soif, la langue sèche, mais je ne pouvais pas amener à ma bouche la gourde fixée à ma ceinture sans m'attirer une rafale de ceux d'en haut.

 J'ai eu l'impression de mettre plusieurs heures pour arriver à l'abri du rocher. Là j'ai attendu la nuit pour rejoindre le premier poste de secours.

Mon camarade du même village, blessé pas loin de moi, avait pu redescendre très vite à la base grâce à un repli de terrain, puis il a été emmené dans un hôpital de l'arrière.

M'ayant vu inerte et saignant du pied, il s'est empressé de télégraphier à sa femme de prévenir ma famille que j'avais été tué près de lui.

 Heureusement, ma lettre, annonçant aux miens ma petite blessure, leur est parvenue avant son télégramme. »

Léon Calvat au Centre Hopital de Soissons Sept 1914.

De Victor CALVAT sur son père Léon Calvat soldat de 2 éme classe au 1er puis au 3éme Régiment de Zouaves.

Nous tenons à remercier M. Bataille qui à permis de nous mettre en relation avec l'auteur de ce texte : M. Victor Calvat sans qui nous n'aurions pu rédiger ce petit mémoire.

En mémoire de Léon CALVAT (1889.1973)

Combat Crouy 23/09/1914 Leon Calvat 1er Zouaves